Une semaine après…

11 11 2007

Une semaine que je suis rentré.

A peine déposé mes bagages dans ma petite maison en bois de la Hume que je reçois un coup de téléphone de Jean-Philippe Claverie, le réalisateur de la Teste qui a tourné et monté le reportage du DVD qui accompagne mon livre sur le Bassin. Il fait un temps splendide et il voudrait que je lui tourne des images vidéos à bord de l’ULM. Il en a besoin pour son DVD sur le Bassin qui sortira dans quelques semaines. Vous pouvez d’ailleurs en voir un extrait sur son site : www.bassindarcachon-lefilm.com.
C’est vrai qu’il fait beau. A 17h00 je décolle avec Michel Boudigues. JP m’a amené sa caméra pro. Il fait très froid là haut. La tour de Cazaux nous autorise à survoler la Dune et le Banc d’Arguin quelques instants à 1000 pieds. Il y a beaucoup de trafic aujourd’hui. J’ai du mal à trouver la bonne position pour lutter contre le vent et garder la caméra stable. J’aurais préféré être à gauche mais Michel a l’habitude de piloter à cette place alors je dois faire avec.
Nous longeons à 150 pieds (50 mètres) les plages océanes du Cap Ferret. C’est superbe ! Puis nous coupons vers le phare autour duquel nous tournons presque à la verticale. Nous remontons vers le Mimbeau, puis direction le Moulleau. Je filme la plage Pereire puis le front de mer d’Arcachon baigné d’une lumière rasante orangée. Arrivé au niveau du port, nous partons vers l’Ile aux Oiseaux. Je demande à Michel de faire le tour par le Village d’Afrique. Nous sommes toujours à 150 pieds. Sous nos ailes, un groupe d’oiseaux migrateurs nous accompagne. Quel bonheur !

massacre01.jpg

Ma joie est de courte durée et prend un goût amer. Je découvre de mes propres yeux le chantier de la Cabane Tchanquée 53. Ca y est, elle n’est plus là… Décidemment j’ai du mal à accepter cette destruction… Je sais ce qu’ils vont faire de la nouvelle cabane-musée, je devine ce qui se passera par la suite, la dérive dans laquelle nous nous laissons emporter sans rien dire. Je reste convaincu que ce chantier préfigure le devenir du Bassin. Depuis mon retour de Cape Cod je suis encore plus attiré et choqué par les grues innombrables qui bordent les routes d’Arcachon, de Gujan et de la Teste… des résidences, des immeubles, des cages à lapin partout ! des « Pichet » interviewés par la presse locale et qui, avec la complicité des élus locaux qui leurs octroient les permis de construire, ont trouvé la bonne formule pour justifier l’urbanisation : « si on arrette de construire, l’immobilier continuera à flamber et les enfants des locaux ne pourront pas se loger… » Quelle connerie ! de toutes façons cela fait bien longtemps qu’il est devenu quasiment impossible de se loger sur le Bassin pour des jeunes ménages… et puis les enfants des locaux moi je n’en vois pas beaucoup rester sur le Bassin, et ce n’est pas vraiment pour des problèmes de logement mais plutot par l’absence de travail…

Le Bassin est une jolie station balnéaire, un environnement de travail pour les métiers de la mer, ostréiculteurs, pêcheurs, charpentiers de marine, une source d’emploi pour les métiers du tourisme et du commerce. Mais ça les élus ne veulent pas l’assumer. ils veulent voir plus grand, plus moderne, plus… valorisant pour leur carrière politique !

Je suis un parisien qui aime les grandes cités. J’aime New York, j’aime le dynamisme des grandes villes et leurs excentricités. Mais chaque chose à sa place. Quand je me suis installé ici, je cherchais le calme, la nature, l’authenticité. J’ai de plus en plus de mal à retrouver ces qualités.

Je redoute que la magie de ces lieux, de cette lumière si particulière qui m’avait inspiré depuis 7 ans, ne fonctionne plus à présent.
Je me dis qu’il est temps pour moi d’envisager de partir. Oui je vais envisager mon départ dans les 3 ans à venir. C’est mieux.


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5 réponses à “Une semaine après…”

  1. 12 11 2007
    François-Xavier Bodin (11:05:27) :

    Ah, dur le métier, c’est ça la pénibilité ;-)
    Je comprends ton projet de retraite sous 3 ans…

    Moins dans le sourire : les cages à lapin à 200 K€ le studio cabine, mon cher lapin… Mais j’avais une réflexion sur l’identité profonde d’Arcachon : ville créée par des spéculateurs et impulsée par des promoteurs, son état actuel ne reflète rien d’autre qu’un mouvement qui dure depuis (seulement) 150 ans.
    Ce qui m’inquiète encore plus, c’est une sorte de congélation esthétique (archétypes architecturaux mythiques dans une ville qui n’en a jamais eu, ou plutôt qui les a tous eus) sélectivement et arbitrairement imposéé aux particuliers pour leurs projets tandis qu’ailleurs, le carnage continue.
    La créativité et l’innovation c’est pas bon pour la Tradition. Vivons dans un Musée…

  2. 12 11 2007
    Laurent (12:44:46) :

    Les « gens d’ici » ont cette logique d’accueil des touristes, ils n’en veulent qu’à leurs devises, dès la mi-août on sent bien qu’il est temps qu’ ‘ils’ partent pour leur restituer « leur » bassin. Et la logique des gens qui viennent habiter dans la région, ayant connus d’autres lieux et d’autres façons de penser, comprennent bien au bout d’un certain temps qu’ils ne sont pas ‘d’ici’, même si cela fait des années qu’ils habitent ici, qu’ils aiment passionnement le coin, et ils se demandent ce qu’ils font ici, à perdre leur temps et leur énergie pour « eux ». C’est donc logique que vous arrivez à la même conclusion et que vous vous donnez 3 ans de reflexion. Vous êtes la cabane 53 des photographes d’Arcachon, ne vous laissez pas détruire !

    Laurent

  3. 12 11 2007
    Elaine K. (13:12:28) :

    Salut Stéphane,

    Tout d’abord bravo pour ce blog que j’ai suivi régulièrement.
    Je viens de lire ton dernier post, qui m’a assez remuée je dois dire.
    Pour deux choses.

    Tu m’a ouvert les yeux sur un problème que je ne vois pas, moi la testerine expatriée depuis 5 ans. Vivant dans une capitale européenne (moche, de surcroit) je ne vois que le bon coté des choses quand je rentre sur le Bassin. Les rues et les résidences sont refaites, de belles maisons en bois dans les nouveaux quartiers résidentiels, et surtout toujours ce décor paradisiaque qui reste tout de meme assez sauvage.
    Mais j’avoue que parfois un frisson me parcourt le dos. Je vois les bords de mer immondes et surchargés de la Cote d’Azur, je vois les plages artificielles, je vois les forets de pins détruites, je vois l’impossibilité totale d’acheter une maison pour moi et ma famille d’ici 5/10 ans. Ce frisson m’est revenu à puissance mille en lisant ton post et je me pose la meme question que toi, comment vont tourner les choses?

    Paradoxalement, oui, la région est un bon environnement de travail pour les ostréiculteurs, les charpentiers, etc… Mais qui sont je le rappelle des métiers mal payés. Peu de gens ont la chance, comme toi, de pouvoir exercer un métier « libéral » et gagner très convenablement leur vie, tout en travaillant sur le Bassin sans participer au « carnage »…
    En reprenant encore ce terme de carnage, le TGV pour Arcachon que tu as pris pour rentrer de NY, par exemple, en fait aussi partie…
    Et le meme frisson me revient. Finalement, le pire, c’est que nous en profitons malheureusement un peu tous, de ce carnage.

    Ceci est juste une opinion complémentaire, no hard feelings, comme on dit…
    Sur-ce, bon vent et à très bientot sur le Bassin.

    La bise.

  4. 12 11 2007
    Mat (22:42:16) :

    Joli post et joli blog. Vaste et complexe débat que tu soulèves là.
    Dans tout, il faut avoir de la mesure. Je suis comme toi, profondément amoureux de cette région, de ce pays, et j’ai la chance infinie d’avoir réussi à revenir y vivre. Il faudra maintenant un cataclysme pour que je le quitte à nouveau.
    Je suis peiné quand je vois les abus commis par certains. Étonnamment, je ne suis pas totalement choqué par le mouvement qui voudrait préserver une certaine cohérence dans l’architecture locale, ou en tout cas devenue locale pour aller dans le sens de François-Xavier. Je pense qu’il faut simplement éviter les verrues que l’on paiera quasi-éternellement, comme ces cubes de béton qui constituent le littoral arcachonnais. Aussi, il est plutot rassurant de voir refleurir des charpentes tuilées sur ces nouveaux immeubles que l’on pourra difficilement éviter. D’un autre côté, nous en sommes arriver à un point critique, puisque tout ce quine correspond plus au goût (nous ne sommes plus dans le style là..) des autorités compétentes est refusé, puis redessiné avec mépris et suffisance, et là çà devient intolérable…
    En tout cas, j’espère réellement que l’évolution des choses te fasse changer de projets, et que tu envisages de rester dans le coin: pense à la lumière du Ferret en septembre!!!!
    Bonne soirée

  5. 14 11 2007
    Mayo (04:10:17) :

    Heureusement que ton humeur du moment et ta tristesse ne se refletent pas dans tes photos…
    Je n’arrive pas a me decider pour choisir une de tes photos pour mettre au mur ici a NY, tellememt il y a de belles et differentes choses sur le bassin.
    Partir n’est sans doute pas la solution, tu rencontreras le meme phenome partout ou tu iras. Au contraire tu reviendras car tu verras que c’est pire ailleurs.
    Le contrecoup de ton experience a NY passe, je suis sur que tu reviendras a de meilleurs sentiments, sinon tu seras toujours le bienvenu, car moi jamais je partirai.

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