Crise ostréicole : la souris qui cachait… un éléphant !

13 08 2008

http://www.dailymotion.com/video/k1ZBqdpJkdCr2fKEfS
Aujourd’hui s’est déroulé sous mes yeux et devant mon objectif un événement que j’attendais depuis si longtemps…

Enfin, la vérité a fini par éclater.
Qui pourra nier, après cette journée qu’il existe bien un problème de fond à traiter sur le Bassin, et ce, de toute urgence !
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Nous voici donc environ 600 personnes rassemblées à l’entrée de l’usine Smurfit Kappa de Facture Biganos.
Il y a là la quasi totalité des ostréiculteurs, des membres d’associations écologiques, quelques inscrits à ma newsletter, des enfants, des vieux, et un ancien élu : René Serrano, conseiller général jusqu’en 2008…
Il y a aussi la presse, venu en nombre : Sud Ouest, la Dépêche, Le Marin, M6, TV7, TF1 et une radio.
René Capo du comité de vigilance de Biscarosse est là aussi, ainsi qu’un ami, admninistrateur d’un site internet bien connu qui a depuis longtemps abordé les problèmes d’environnement sur le Bassin.

Pour ceux qui ne connaissent pas, l’usine Smurfit, qui fabrique du papier kraft, est situé en bordure du Bassin.
Si vous êtes venu au moins une fois sur le Sud Bassin en voiture, il est impossible que vous n’ayez pas senti cette odeur immonde sur l’autoroute au niveau de la sortie Facture Biganos.

Une question que je me suis toujours posé : l’industrie du papier étant l’une des plus polluante qui soit, comment se fait-il que les élus, qui se sentent sois disant concerné par l’environnement, n’aient jamais tenté de la faire déménager ?
Elle n’est en effet située qu’à quelques centaine de mètres de la Leyre et du Bassin.
Dire que le service com du SIBA appelle ce secteur : « Le Coeur du Bassin » !…

Sur le coté de l’usine, un petit chemin conduit dans une zone ou la végétation, dense, cache une sorte d’étang… Nous ne sommes qu’à 400 ou 500 m de la Leyre qui rejoint le Bassin.
Même un aveugle pourrait y parvenir, il suffit de se laisser guider par l’odeur…
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Nous y voici… devant nous le spectacle pitoyable d’un plan d’eau qui pourrait faire penser au Lac Rose non loin de Dakar que j’ai bien connu… Sauf qu’ici ce ne sont pas des cristaux de sel qui lui donne cette couleur rose mais des métaux lourds ! (en tous cas c’est ce qu’affirme l’ancien Conseiller Général présent sur les lieux)
Tout autour un spectacle de désolation. On dirait un bombardement au napalm !!!
Les femmes d’ostréiculteurs ont préparé une chanson.
J’interroge René Serrano qui semble étonné de découvrir ce plan d’eau. Il affirme que cela fait trente ans que nous rejetons des métaux lourds dans l’Océan ! Ce n’est pas de sa faute dit-il… lui n’était que conseiller général et non pas élu au SIBA et à la COBAN. Il ne pouvait donc pas savoir…
Je ne remettrait pas sa bonne foi en cause.
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Puis, nous nous dirigeons vers une sorte de monticule…
Là, nous découvrons une décharge !

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Des interviews sont données à la presse. Je suis à côté d’une journaliste de TF1 qui recueille le témoignage émouvant d’un ostréiculteur de la nouvelle génération qui sort tout ce qu’il a sur le coeur. Il n’est plus question ici de « test souris » mais de ce que l’on va laisser aux générations futures. Elle est, elle aussi, bouleversée par ce qu’elle voit et ce qu’elle filme.

La colère gagne la foule. Moi je suis silencieux. Moi qui suis toujours à gueuler, et on me le reproche assez souvent, je ne dis plus rien. J’observe, je filme, je prends des photos, j’écoutes les commentaires. J’entends des mots qui, associés les uns aux autres, résument assez bien la situation : « pognon », « immobilier », « tourisme », « politique », « people », « frime »… Je sais que là, devant mes yeux, se joue une partie décisive pour l’avenir du Bassin. Cela pourrait déclencher une prise de conscience générale.

Puis, tout le monde se dirige vers l’entrée de l’usine, gardée par une poignée de gendarmes.
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Sitting devant la barrière. Peu à peu, les ostréiculteurs franchissent la barrière sous les yeux des gendarmes, impuissants devant cette foule hyper motivée.
Nous voilà maintenant à l’intérieur de l’usine. Que dire ? c’est une usine quoi ! une usine de papier, un des secteurs industriels des plus polluants de la planète. Tout est moche. Des amoncellements d’emballages cartons, destinés au recyclage, du bruit, de la fumée et cette odeur, cette putain d’odeur qui nous pique dans les narines et nous monte au cerveau. D’autres gendarmes qui se cachaient dans un petit local arrivent en courant pour essayer de contenir la foule mais rien n’y fait. Nous apprenons par un employé, qu’en fait, étant au courant de cette manifestation, la direction de l’usine à décidé de la faire tourner au ralentis… qu’est ce que cela doit être quand elle tourne à plein régime ! smurfit10.jpg smurfit11.jpg

Les ostréiculteurs veulent la visiter cette usine. Eux, les paysans de la mer, qui travaillent avec les caprices de la nature et s’y adaptent, eux qui cultivent une des denrées des plus délicates qui soient, se retrouvent dans un environnement industriel, sale et écoeurant, presque apocalyptique, un « mamouth » qui se trouve pourtant à quelques centaines de mètres des chenaux et des estey qui conduisent à leurs parcs. Etonnant contraste…
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Au bout d’une demi heure, nous ressortons de l’usine. Les ostréiculteurs voudraient rencontrer le directeur et surtout le sous préfet qui a laissé entendre qu’il venait. Mais il ne viendra pas.
A ce moment, le nouveau maire de Biganos, Bruno Lafon, dont j’ai pu lire quelques interventions éclairées liées au devenir du Bassin dans la presse, monte sur un muret, saisit le micro et s’adresse à la foule. Il veut manifester sa solidarité aux ostréiculteurs. Il évoque le test souris, comme pour détourner l’attention du vrai problème. Selon lui, l’usine Smurfit ne doit pas servir de bouc émissaire. Bah tu parles ! source d’emploi et de revenus non négligeables pour sa ville, on va pas cracher dessus…
Il évoque alors d’autres sites pollués sur le Bassin. Je lui demande lesquels. Il répond: « …la décharge d’Audenge par exemple ! »
La conversation tourne court. Il s’en va.

Ensuite, les ostréiculteurs quittent l’usine et partent bloquer la voie rapide au rond point de Gujan. Classique…

Au stade où nous en sommes, voici mon analyse de la situation.

Les souris meurent en période de forte affluence sur le Bassin et de température élevée.
Les analyses qui sont effectuées ne présentent aucune pollution dans les eaux du Bassin.

Mais :

1. Les souris meurent et uniquement à cette période sans que l’on puisse savoir pourquoi…
2. Les élus du Bassin ont TOUS voté non à Natura 2000 sans cacher qu’ils ne souhaitaient pas que le Wharf soit inclus dans le zonage…
3. Il y a de plus en plus de bateaux au Banc d’Arguin du 15 juillet jusqu’à fin août…
4. L’usine Smurfit stocke ses déchets industriels et ses eaux usées à proximité de l’Ayga et de la Leyre

5. Certains élus admettent publiquement que d’autres zones sont polluées sur le Bassin…

6. Marie Hélène des Esgaulx, députée maire de Gujan Mestras vise les sénatoriales dans quelques mois

7. Yves Foulon, maire d’Arcachon, et depuis peu Président de la COBAS, compte bien, du coup, prendre la place de député à la place de MHDE

8. Monsieur Eroles, nouveau maire de la Teste reste sur son projet de créer un port dans les Prés Salés et se prend la tête avec les défenseurs de l’environnement concernant des projets immobiliers au Pyla…

Je recommande vivement à toutes et à tous d’acheter le dernier magazine Geo actuellement en kiosque. C’est un spécial « Bassin vu du Ciel ». L’enquête, excellente, de la journaliste Sylvie Buy apporte une vision tout à fait pertinente, que je partage. Et vous ?

à suivre…


PS: Je rappelle que ce blog est ouvert à tout le monde, même à ceux qui ne partagent pas ma vision des choses. Beaucoup de visiteurs sur ces dernières pages mais… aucun commentaire… auriez vous peur de vous exprimer…?


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19 réponses à “Crise ostréicole : la souris qui cachait… un éléphant !”

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  1. 14 08 2008
    P'tit Pierre (00:46:54) :

    Effectivement peu de commentaires, et je pense que beaucoup comme moi visite ton blog.
    J’ai découvert le bassin par hasard, j’y suis revenu par amour et le visite toujours par plaisir….sauf effectivement celui des narines.
    Comment reconnaitre que l’on arrive au bassin? L’odeur de la mer? Non, bien évidement! Il s’agit de l’odeur du papier et de son usine de Facture.
    A force de lire ces pages, et alors que je viens de sortir d’un bon repas, j’ai subitement une violente envie de vomir!
    Le bassin, c’est un lieu magique, bourré de découverte et d’émerveillement pour tous les sens!
    Et voila que, depuis quelques années, l’arrivé de l’été rime avec fin de période des huitres.
    Ces interdictions de consommer des huitres signifient la mort des ostréiculteurs, la fin de la culture du bassin et donc de son entretien.
    On va enfin avoir le plaisir de se baigner tranquillement au milieu des bateaux de plaisance et de leur mazout sans être gêné par des gens qui travaillent pour nous nourrir!

    Que tout ceci s’arrête, que l’on arrête de pourrir notre environnement pour une question de profit!

    Merci Stéphane de nous retransmettre ces info et ces images, et heureusement que certains se bougent pour essayer de préserver notre milieux naturel alors que la plupart d’entre nous se contente de s’indigner dans leur fauteuil sans bouger le petit doigt.

    Je suis assis dans mon fauteuil à l’autre bout de la France…merci Stéphane, merci tous les ostréiculteurs, les membres d’associations écologiques, les quelques inscrits à la newsletter, les enfants, les vieux, l’ancien élu et enfin…la presse.

  2. 14 08 2008
    Anouck (02:29:37) :

    Non!!! nous sommes bel et bien là!
    en pleine désolation devant ce « spectacle » épouvantable…
    quel cirque politico-buisness…
    une véritable honte!!!
    Oui messieurs les politiques et tous ceux qui ont joué ce « jeu »…bad joke…
    jeu de ceux qui savent mais ne disent rien et ne font surtout rien, ah quel courage!
    pauvres Hommes, politiques, pas même un suffisamment « couillu » pour pouvoir prendre parti et agir!
    peuvent ils se regarder dans une glace encore le matin? oui je pense que cela ne doit pas les gêner…

    Voilà Stéphane, c’est pour cela que les mots ont mis du temps à arriver.
    des mots qui heureusement pour certains ne peuvent qu’être écrit (!!!) car je suis à Montréal jusqu’à mi Octobre, loin de mon cher Bassin que je n’ai vu depuis presque un an…
    Merci Stéphane de nous tenir informer ainsi!
    Merci à tous ceux et celles qui se battent pour que la lumière soit faite sur le « mystère » qui frappe chaque saison nos chers ostréiculteurs…qui détruit le Bassin, qui détruit des vies…

  3. 14 08 2008
    M Christine (09:13:29) :

    Je viens de lire votre article !!!! que dire !!!!
    cela fait des années que je vais sur le bassin et a chaque fois que l on arrive il y a cette odeur qui est a vomir !!! mais de là a penser qu elle continue d exister alors qu ‘elle pollue autant !! tout ça à cause des enjeux économiques et politiques comme d habitude ….
    sans etre une pure écologique il est pourtant facile de faire attention a des gestes au quotidien
    on vous demande à vous de faire des efforts mais les vrais efforts ceux sont les gros industriels qui doivent montrer l exemple mais il y a le fric et là le discours n’ est plus le meme …..comment leur faire confiance?…
    Je suis de tout coeur avec vous meme si je ne peux pas etre présente
    continuez à nous tenir informé
    bonne chance pour la suite et continuez à nous faire réver avec vos magnifiques photos

  4. 14 08 2008
    sarah (09:33:48) :

    Chapeau Stéphane, car après avoir visionné ta vidéo sur youtube, on se rend bien compte de ce désastre écologique et de ce que l’on va laisser aux futures générations. Ces vidéos ne peuvent pas laisser un être humain sans réactions à moins d’être un robot ou un pantin qu’on articule et désarticule à souet comme le sont certains politiciens qui ne pensent qu’à leur carrière politique et qui n’ont je pense aucune sensibilité au lieu qu’ils habitent, ces gens là, doivent maintenant avoir une prise de conscience réelle car c’est maintenant qu’il faut agir.
    Comment peut on voir le bassin si rien ne bouge, plus d’huitres, des buildings partout, des nappes de pollution localisées et des maladies plus fréquentes. Je dois en oublier. Bref une horreur.
    Merci de vouloir faire bouger les choses. Alors agissons tous pour ce Bassin.

  5. 14 08 2008
    Laurence (09:44:28) :

    Et oui, les mots s’étouffent dans la gorge ou sont suspendus au-dessus du clavier ! Nous qui clamons la beauté et la quiétude du bassin, qui le faisons découvrir à tous ceux qui nous rendent visite et qui s’en émerveillent. Du fond du bassin, aux côtés des laborieux de la mer, nous assistons à cette dégradation, aux conséquences dévastatrices de ce rouleau compresseur humain, naïf ou machiavélique. La vérité n’est pas simple, la cohabitation des genres non plus. Il est certain qu’il n’y a pas de hasard … et les souris meurent, l’âme du bassin avec. Grâce à tes témoignages, nous passerons du silence complice au réveil des consciences. Merci à toi.

  6. 14 08 2008
    François-Xavier Bodin - Iboga (15:00:11) :

    Il est effarant et consternant de voir toute une génération de responsables publics se retrancher derrière le respect (très probable, ou alors autrement… d’autres questions seraient soulevées), respect des réglementations sur l’industrie appliquées et contrôlées par nos Ministères – DRIRE, DIREN… au profit tout à fait incontestable de ressources financières importantes qui permettent d’investir (taxe professionnelle…), d’emplois (plus de 400 emplois directs sur le site de facture, + sous traitance, prestataires… qui serait contre ?), d’un débouchés important pour la filière bois (2 000 salariés en Gironde, source CG33). En attendant, les coûts cachés, différés et les déséconomies sont bien évidemment minimisés, dissimulés, maquillés…
    Équation sans doute difficile à résoudre, sans même évoquer l’éventuelle compétence de nos ex. édiles, voire leur hypothétique bonne foi… et l’impasse actuelle le prouve.
    Il serait intéressant pour l’avenir que les cartes soient rebattues – toutes les cartes – et qu’un véritable débat avec tous les intéressés puisse avoir lieu sur la place publique, pour une fois.
    En attendant, l’ostréiculture souffre et cherche par tous les moyens à mobiliser des solutions rapides. Ce que je souhaite à mes amis parqueurs.

  7. 14 08 2008
    Sanji (15:15:28) :

    Je suis outré, j’ai l’impression d’avoir pris un uppercut, et j’ai envie de vomir… J’ai un sentiment étrange, ayant toujours vécu côté Ferret, que la promotion et la politique, ça nous emmerdait un peu, mais fallait bien… Mais là…
    J’espère qu’on se verra samedi Stéphane (Blog on the Beach). Cette réunion n’a pas de vocation politique, mais là, je sens que ça peut le devenir…
    Merci pour ce billet.

  8. 14 08 2008
    Pierre-Olivier Carles (16:07:47) :

    Pas de commentaire parce qu’il n’y a rien à dire, ou plutôt, rien à ajouter…

    Mais en même temps, il y a des moments où tu te dis que c’est vraiment trop tard, que cela part de trop loin… car des cas comme celui-ci, il y en a des dizaines de milliers sur la planète.

    Pas de commentaire, parce que je crois que nous sommes très nombreux, dans mon cas, à ne simplement plus savoir quoi sire devant l’ampleur de la tâche…

  9. 14 08 2008
    Pierre (17:49:54) :

    Impressionnant en effet ….. et hélas dans le mauvais sens du terme ….

    par contre petite précision .. ne pas tout melanger : SIBA / COBAS / COBAN / les mairies …

    Biganos c’est sur la COBAN !! et non COBAS … il me semble que la COBAS n’a aucune compétence en assainissement … par contre le SIBA l’a en effet et sur tout le bassin …

    ++@@

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