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Aller photographier la Guadeloupe et se faire racketter par l’Etat

14032015

Douane

 

Comment l’Etat et l’administration française peuvent, avec leurs règles d’un autre temps, empêcher un photographe de paysages marins de travailler dans les DOM.

Je me serais bien passé de cette mésaventure qui, je l’imagine, va vous exaspérer autant que moi.

Voici donc quelques mois que je suis en Guadeloupe pour explorer et photographier les Antilles françaises. Les hivers sur le Bassin d’Arcachon me semblent de plus en plus longs et pluvieux et j’avais envie de reprendre les grands voyages, comme ceux que je faisais aux USA. J’aime rester plusieurs mois dans un autre pays. Cela permet de rentrer en immersion et de prendre son temps pour photographier les paysages avec les bonnes lumières. Et dans ma spécialité, prendre son temps, c’est essentiel.

J’ai donc choisi le sublime archipel de la Guadeloupe comme nouveau terrain de prises de vues. Je n’ai aucune commande, c’est une démarche de ma propre initiative. Cela veut dire que je ne sais pas encore ce que deviendront mes photos. Bien sûr elles iront alimenter PixPalace, la banque d’image qui fournit en photos plus de 400 magazines, et bien entendu je proposerai les plus belles, les plus originales en tirages grands formats à un public d’amoureux de la Guadeloupe. Et pourquoi pas faire un 5 ème livre ?

Comme il n’y a aucun moyen aux Antilles de traiter des films argentiques moyen format, j’ai décidé de franchir le pas et d’investir dans le tout nouveau Pentax 645 Z. Un gros boitier moyen format numérique de 51 Millions de pixels doté en plus de la fonction vidéo. Avec cette bête j’étais assuré de produire de la très haute qualité tout en étant parfaitement autonome. Je me suis donc soulagé de près de 10 000 € dans ce nouveau matériel en me confortant dans l’idée que c’est quand les affaires ne vont pas bien qu’il faut aller de l’avant, innover, investir. Comme pour conjurer le sort. J’ai donc acheté ce matériel à Bordeaux, plusieurs mois avant de partir.

Après 8 heures de vol, me voici arrivé hyper motivé dans la Caraïbe. Je passe la douane bagages sans soucis avec ma valise et mon énorme sac à dos photo (format cabine). Personne ne me demande quoi que ce soit. J’arrive dans un département français (et même une Région) ou seule la carte d’identité suffit. Devant moi, derrière moi, il y a des milliers de touristes qui arrivent eux aussi avec leurs appareils photos et leurs ordinateurs portables. Chacun à le sentiment d’avoir voyagé d’un département français à un autre.

Pendant plusieurs semaines tout se passe bien. Je ne rencontre aucune difficulté particulière. Il faut juste s’habituer aux grèves incessantes devenues un sport national. Grèves d’essence, grèves de l’eau,  et à nouveau grève d’essence (ou rumeurs de grève qui ont le même effet). Sinon, le soleil est là, le ciel est bleu, les paysages splendides, les guadeloupéens sont majoritairement sympas et accueillants, et les cocotiers qui dansent avec les alizés procurent l’apaisement. Un vrai paradis.

Arrive le carnaval, que bien entendu je veux photographier. Je me réjouis à l’avance du regard que je vais pouvoir poser sur le défilé avec mon moyen format. Je suis donc en place avec mon superbe appareil en bandoulière qui attise la curiosité des passionnés de photo présents dans le public.  Le défilé de Saint-François démarre et je commence mon travail. Et puis, au bout de 30 minutes, le drame. Celui que tout photographe redoute : la panne d’appareil photo. Je dois dire qu’en 25 ans de métier, je n’ai jamais été en panne d’appareil. Je me retrouve donc stupéfait face à cette situation qui s’annonce radicale. En effet, il semble que le ressort du bouton de déverrouillage des optiques à lâché et il est désormais impossible de retirer l’objectif en place pour le remplacer par une autre focale. Je me dis que ce n’est pas possible, que je vais réussir à débloquer ça, qu’il doit y avoir un grain de sable qui coince et que ça va s’arranger. Je m’excite donc pendant plus de 30 minutes sur mon boitier et mon objectif.

Voyant que je n’arriverai à rien, je rentre à pied, désabusé. J’essaye encore de retirer l’objectif, je force mais rien à faire, c’est foutu, il faut se rendre à l’évidence. Comment vais-je faire ? je n’ai que ce boitier. Rien d’autre. Et j’ai un reportage important et intéressant dans deux semaines (Triskell Cup, une régate de voiliers entre les iles sur 5 jours). L’organisateur ne m’a pas encore validé le devis mais il m’a dit verbalement que c’était ok, alors j’y crois. Il faut ABSOLUMENT que je trouve une solution !

Le lendemain, j’appelle le commercial de chez Pentax pour lui exposer la situation. Il n’en revient pas de cette panne et se confond d’excuses au nom de la marque. Il me promet de tout mettre en oeuvre pour que je ne sois pas lésé. « Je vous envois un 645 D de toute urgence pour vous dépanner et on va vous réparer le votre en priorité ».

Ouf, je vais me tirer de ce mauvais pas.

Ainsi donc, j’envois mon appareil à Paris en Chronopost  (ce qui me coutera tout de même 140 €) et j’attends la réception du boitier de remplacement. Ce sera un appareil de démonstration âgé de deux ans. En fait, l’ancien modèle du mien, moins performant et sans la vidéo, mais pour le reportage à venir cela suffira amplement, et de toutes façons je vais récupérer le mien très vite. C’est l’affaire de quelques jours.

Enfin… ça c’était sans compter sur la lourdeur de l’Administration !

Au bout de 4 jours, n’ayant aucune nouvelle du transporteur TNT choisi par Pentax, je me renseigne et je finit par tomber sur le responsable de la société de transport relais TNT. (En fait TNT n’est pas directement présent en Guadeloupe). Celui ci m’explique un peu décontenancé pour moi qu’il a bien reçu le colis mais qu’il l’a bloqué car il faut que je paye 1440 € de taxe d’importation !!! oui vous avez bien lu : 1440 € !  en fait 36 % d’octroi de mer basé sur  la valeur déclarée par Pentax sur le document de transport (4000 €).

Pourtant ils avaient bien précisé : « matériel de prêt suite retour SAV, pas de valeur commerciale » mais les douanes peuvent se baser apparemment sur la valeur couverte par l’assurance pour justifier le racket organisé par l’Etat. J’explique au transporteur que ce n’est pas possible et qu’il faut trouver une solution. Celui-ci me fait comprendre qu’il aurait fallu ne déclarer que 50 € pour ne payer que 36 % des 50 €. Autrement dit : frauder ! Mon urgence étant de débloquer la situation coute que coute, j’en fait part à Pentax qui refuse de rentrer dans ce genre de combine.  Le lendemain, le responsable de Pentax m’annonce qu’ils vont prendre à leur charge les 1440 € de taxe car il faut que je puisse assurer mon reportage. Moi je refuse catégoriquement ! c’est du chantage et il n’est pas question de céder.

Je décide de prendre le taureau par les cornes et d’essayer de contacter un responsable des douanes. Je finit par l’avoir au téléphone. Il m’écoute, puis me passe un sermon comme quoi j’aurais dû faire les choses dans les règles c’est à dire passer par un transitaire et remplir un document d’entrée provisoire sur le territoire avec date de sortie fixe. Je lui répond que je n’en savais rien, que c’est la première fois en 25 ans de métier que je suis confronté à cette situation, et que chez Pentax on ne se doutait pas que la Guadeloupe étant un département français, les choses puissent être aussi compliquées. Ce en quoi il me rétorque un peu agacé : « mais ici ce n’est pas la France !  » puis de préciser : « sur le plan fiscal ce n’est pas comme en France » … Je lui fait remarquer que c’était à TNT de signaler à Pentax cette subtilité et que nous sommes de bonne foi. Sensible à mes arguments, il finit par me proposer de venir le voir dans son bureau à l’aéroport demain matin avec une déclaration « de bonne foi » en trois exemplaires. Je ne vis pas en Guadeloupe et je n’ai pas d’imprimante. Je me débrouille donc pour trouver quelqu’un qui pourra m’imprimer la paperasse. Encore une perte de temps et d’énergie.

Nous sommes en 2015 et un simple mail aurait pu suffire mais non, là il faut que je me déplace…  Donc le lendemain matin, je me tape une heure de voiture pour aller aux douanes du fret aérien (griller du diesel pour polluer un peu plus l’ile, c’est sûr que je n’ai que ça à faire !) . Sur place, je rencontre le directeur des douanes qui me reçoit dans son bureau et m’explique que j’aurais dû déclarer tout mon matériel avant de partir de métropole. Il me précise que tout ce qui rentre en Guadeloupe est soumis à des taxes et que je ne déroge pas à la règle. Je lui explique que c’est la première fois que j’entends ça, que je voyage régulièrement sur d’autres continents et qu’on ne m’a jamais posé le moindre problème. Que de plus, la Guadeloupe est un département français et qu’il est aberrant qu’un photographe indépendant français doive déclarer son matériel et payer des taxes alors même qu’il vient photographier les paysages de Guadeloupe et que ses photos serviront peut-être à promouvoir le tourisme de l’ile. Mais il me rétorque (et il n’a pas tord) que ça il faut le dire au législateur, lui est là pour faire appliquer les règles, sans oublier d’ajouter la phrase classique : « nul n’est censé ignorer la loi ».

Au final, après 20 minutes de palabres, il me fait une faveur et me signe le papier « à titre exceptionnel » et je repars donc avec mon appareil de secours. Un papier volant qui ne sera classé nul part au final et qui me sert juste à récupérer mon paquet chez le transporteur. Je sors du bureau en me disant : « tout ça pour ça »…

Avant de quitter son bureau j’ose lui demander :  » et pour mon appareil qui va être réparé, comment je fait pour le récupérer ? » sa réponse : « ah non ! là il faut que vous alliez demander un carnet ATA à la CCI de Pointe à Pitre. Allez les voir ils vous expliqueront ».

Quand la balle est renvoyée dans une autre administration, alors là tu peux te dire que tu vas vivre un enfer…

Le lendemain, j’appelle donc la CCI de Guadeloupe et je demande le service concerné. Le nom du service c’est « Appui aux Entreprises » ,  avec une telle dénomination, je me dis donc tout naturellement qu’on va y arriver. Mon optimisme est vite rattrapé par la nonchalance d’une dame qui m’explique qu’il fallait que je déclare mon matériel au départ de Bordeaux à l’aide d’un carnet ATA et qu’elle va m’envoyer un… devis. Effectivement quelques minutes plus tard je reçois son devis. Le carnet ATA ne coute pas moins de 380,99 € et n’est valable que pour 5 voyages avec un plafond de matériel à 11 000 €. Selon elle il faut l’utiliser à chaque fois qu’on se déplace dans les DOM et… en Europe !!! il y aussi une proposition à 250 € pour un seul coupon. Je commence à enrager en découvrant en plus toute la paperasse qu’il faut fournir pour acheter le fameux carnet de coupons. Mais le summum va être atteint quand elle va m’envoyer quelques instants plus tard un autre mail pour m’annoncer que de toutes façons elle s’est renseignée auprès de la CCI de Paris et que dans la mesure où il aurait fallu le faire au départ de Bordeaux et bien il ne peut y avoir de rétroactivité et donc il n’y a pas de solution ! Il faut que je demande aux douanes comment faire !!!

Pièces à fournir

Pièces à fournir

 

Détail du prix du carnet ATA

Détail du prix du carnet ATA

 

Détail des redevances

Détail des redevances

 

Message de la CCI de PTP

Donc retour à la case départ. J’appelle à nouveau le chef des douanes du fret aérien. Il me dit qu’il ne peut rien faire. Je lui dit : « écoutez, je n’ai pas envie de polémiquer pendant 20 minutes parce-que vous avez autre chose à faire et moi j’en ai plus que marre, alors est-ce que vous me faîtes à nouveau une exception ? c’est OUI ou c’est NON ? ». Sa réponse est on ne peut plus claire : « c’est NON ». Au revoir Monsieur.

Me voici donc dans l’impasse. Cette fameuse impasse administrative insupportable à laquelle nous sommes tous confrontés un jour ou l’autre et que nous vivons comme une injustice. Que ce soit les disfonctionnements du RSI, une amende injustifiée, une erreur administrative, un dossier égaré, une usurpation d’identité, à chaque fois la victime se sent impuissante et abattue face à un mur infranchissable qui est celui de l’ADMINISTRATION.

Là je peux le dire, je suis dépité, dégouté, scandalisé, écoeuré. Alors que j’apprend au même moment que la famille royale du Quatar ne paye aucune plu-value sur ses transactions immobilières en France, moi, simple auteur photographe indépendant, qui se bat chaque jour pour assurer sa subsistance dans un marché devenu très tendu, qui n’a droit à rien, ni congé maladie, ni chômage, et certainement ni retraite, je dois dépenser mon temps, mon énergie et mon argent à remplir de la paperasse, payer des taxes, uniquement pour avoir le droit de voyager DANS MON PROPRE PAYS avec mon appareil photo !

Et ce fameux « choc de simplification » annoncé par notre Président ? il est où ???

Je pense que nous devons être le seul pays démocratique et moderne au Monde à se comporter aussi injustement  avec ses propres concitoyens. Le simple fait de devoir déclarer son matériel en voyageant de métropole à un département d’outre mer équivaut d’emblée à une suspicion de  de fraude. Oui en France, tandis que des parlementaires eux fraudent à coup de millions en toute impunité, se payent des biens immobiliers (y compris aux Antilles) avec leurs indemnités et continuent de se pavaner sur les bancs de l’Assemblée, nous petits indépendants, artistes, artisans, commerçants, gérants de PME, nous devons nous soumettre à des règles absurdes, inventées par des énarques qui ne connaissent rien de la vraie vie et qui nous assomment de leur sens aigüe de la complexité ! Je ne me sens aucunement « populiste  » en faisant un tel constat. Juste un sentiment d’injustice et de gâchis.

Je suis en colère contre ce gouvernement qui nous a promis un « choc de simplification » . Simple effet d’annonce une fois de plus.

Quand on voyage on entend souvent que le français est roublard, malhonnête… mais il est évident que tout est fait pour nous conduire à la ruse, à la petite magouille… ou à baisser les bras.

Un ami m’a écrit hier : « et maintenant ? cette situation elle profite à qui ? à quoi ?  Cela n’a plus aucun sens. »

Dans quelques jours, j’irais à St Barth photographier un évènement exceptionnel : la Bucket Regatta. Je ne serais pas au top puisque je ne peux pas rapatrier ici mon propre appareil photo. Je vais donc me contenter de celui que Pentax m’a envoyé en secours, beaucoup moins performant, et je ferais de mon mieux, bien sûr. Mais je me dis qu’en résumé : je suis puni d’avoir investi dans du matériel haut de gamme et performant. Un photographe amateur ou pro, équipé avec un matériel plus basique et donc moins couteux, lui ne serait pas soumis à toutes ces tracasseries. Il se le ferait envoyer en simple collisimo et passerait au travers des mailles du filet. Mais moi je ne peux pas prendre le risque de faire voyager 10000 € de matériel par la poste avec une assurance limitée à 800 €.

Tirer la qualité vers le bas, décourager les plus dynamiques et ceux qui prennent des risques, voilà la politique qui est menée depuis des décennies en France. Et aujourd’hui j’en suis victime.

Oui bien sûr, il y a pire dans la vie et j’en suis bien conscient. Mais pour autant, cela reste absurde et insupportable.

Alors ami photographe qui a eu la patience de lire cet article jusqu’au bout, tu es aujourd’hui informé qu’à chaque fois que tu voyage en Guadeloupe et dans les DOM, si tu ne t’es pas soumis à ce racket organisé, et au jeu de la paperasserie administrative, tu prends un risque, celui de te voir confisquer ton matériel par les douaniers, à l’arrivée ou au départ. Eux n’y sont pour rien. Ils appliquent des règles absurdes dictées par des gens qui vivent sur leur nuage. Et je suis convaincu que les douaniers préféreraient utiliser leur énergie et leur temps à traquer les trafiquants de drogue, si nombreux dans cette région, plutôt que de gêner et ralentir ceux qui ne demandent qu’à travailler honnêtement.

Et à ce stade de mon billet et de mon exaspération je vais me permettre en conclusion un petit avis personnel :  selon moi, les premières victimes de cette barbarie administrative sont les guadeloupéens eux-mêmes, qui au quotidien se font racketer, notamment par la grande distribution, en payant leurs achats 30 à 50 % plus cher qu’en métropole. Tout ceci pour alimenter les dépenses considérables de la Région Guadeloupe qui a acheté la paix sociale en fonctionnarisant 40 % de la population active, et qui est capable de dépenser des dizaines de millions pour un musée de l’esclavage mais qui ne dépensera pas un centime pour construire un nouvel hôpital digne de ce nom ! et que dire de l’eau potable qui ne coule que par intermittence dans les foyers ! Comment un département où le taux de chômage est supérieur à la moyenne nationale, où le taux de criminalité bat chaque année tous les records, et ou le travail informel est toléré, peut-il se permettre le luxe de décourager celles et ceux qui voudraient participer, chacun à leur petit niveau, à faire de cette ile magnifique un territoire encore plus attrayant et dynamique ?

Et oui, un photographe qui se déplace plusieurs mois sur un territoire pour le photographier, observe, se renseigne, s’imprègne, tente de comprendre… et si on le prive de son outil de travail, il peut toujours s’exprimer par la parole ou l’écrit.

Voilà, c’est fait. Et maintenant ça va tweeter sec ! parce-que j’ai espoir que ce billet arrive devant les yeux d’un haut responsable politique et qu’il prenne conscience, à travers cette petite mésaventure,  de l’écart énorme qui existe entre sa vision du travail et celle de ceux qui sont dans la vraie vie.

Laissez nous respirer ! laissez nous libérer notre énergie, notre créativité ! arrêtez de nous compliquer l’existence ! c’est tout ce que je vous demande. Et apparemment on est quelques millions de français, de métropole et des DOM TOM,  à penser la même chose…

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Ma vie avec Steve Jobs

6102011

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Ce matin, comme tous les matins, mon iphone me réveille en musique, je l’attrape et j’ouvre fb pour voir ce que mes amis lèves-tôt on publié sur leur wall.
Ce matin c’est « RIP Steve Jobs » pour tout le monde sur les réseaux sociaux qui n’auraient d’ailleurs peut-être jamais existés sans l’invention d’Apple par Steve Jobs et son ami Steve Wozniak un 1 er avril 1976 dans un garage de la Silicon Valley.

Une histoire de rêve américain comme on les aime. Partis de rien, avec une idée géniale et de la volonté, les deux amis allaient révolutionner le monde en faisant entrer l’informatique dans les foyers.
J’avais 5 ans.

Je fais partie de cette génération qui est né et qui a vécu sa jeunesse et son adolescence sans informatique, sans internet, sans réseaux sociaux. Autrement dit sans ipod, sans iphone, sans macbook et sans ipad.
Avec mes potes en banlieue parisienne, notre réseau social c’était le téléphone fixe de la maison, et des rendez-vous place de la Mairie en skate board, casque de walkman à cassettes sur les oreilles. Parfois nous jouions au foot avec une balle confectionné avec du papier journal et du sckotch d’emballage marron. Nos sujets de discussions étaient variés mais une chose est sûre on ne parlaient pas du dernier Iphone 5 car le seul téléphone portable qui existait alors c’était ce gros truc en forme de petite valise avec un combiné au bout et la seule personne que nous avions pu voir en utiliser un c’était le personnage de Roger Murtauch dans l’Arme Fatale 1 !
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C’était néanmoins la mode des micro-ordinateurs dédiés aux jeux : Attari, Amstrad, Amiga…
Nos parents se saignaient aux quatre veines pour nous offrir une de ces merveilles de technologie avec laquelle même un enfant de 4 ans ne voudrait pas jouer aujourd’hui…
Je me souvient que j’avais fait le choix d’un petit micro-ordinateur qui s’appelait « Alice ». Il avait la taille d’une box, il était rouge et il fallait le relier à la TV avec une prise péritel. Du coup il a fallu changer aussi de télé. Nous l’avions acheté à la Fnac et je me souviendrai toute ma vie de la question que j’ai posé au vendeur : « monsieur, est-ce que l’ordinateur va me parler ? » Je crois que j’espérais m’en faire un ami… Pour ma mère s’était l’investissement de l’année. Cela coûtait très cher à l’époque. Je me souviens que le premier magnétoscope VHS stéréo coutaient 10.000 frs, soit 1500 € !
De nos jours on trouve des lecteurs DVD à 29 €…
Pour jouer à un jeu il fallait relier Alice à un magnétophone à cassette et envoyer le programme par ce biais. Les sons se transformaient en codes et le programme pouvait démarrer. Côté graphisme c’était pas vraiment du luxe : une voiture c’était un carré avec 4 autres petits carrés pour les roues. Bon… il fallait avoir un peu d’imagination pour s’y croire quoi ! En tout cas j’ai passé des nuits à me bousiller les yeux à recopier des programmes.

Quelques années plus tard, après le lycée, bac A3 cinéma audiovisuel en poche, je créais avec mon ami Renaud Philipps, une petite société de production vidéo. Notre « home studio » était situé dans une petite pièce du minuscule T1 que louait Renaud dans le 15 ème arrondissement, juste à côté de Canal +. Je me souviens que pour aller chez Renaud je n’étais pas obligé de passer devant Canal mais que pour me donner l’illusion de faire parti de ce monde là, je faisais toujours un petit détour au volant de ma peugeot 104 Z coupé pour longer l’entrée de leurs locaux… Quand je pouvais appercevoir Philippe Gildas ou Jean-Luc Delarue j’étais content. Je m’imaginais engager la conversation avec eux et rentrer dans leur univers.
A l’époque la HD n’existait pas. Nous tournions en V8 ou en HI8 et nous montions en analogique, souvent sans time code, avec plusieurs magnétoscopes reliés entre eux, à la volée ! c’était du sport mais on s’en sortait pas mal. Pour le mixage vidéo nous avions la célèbre petite table Panasonic WJ AVE5 et pour les effets spéciaux, disons plutôt l’infographie, Renaud excellait avec son Amiga ! Je me souviens qu’il y passait la nuit pour faire juste défiler un titre de haut en bas…
Mais avec ce matériel nous arrivions quand même à dépasser les limites et à réaliser des projets qui même aujourd’hui ne nous font pas honte. Pour compenser l’absence de moyens et de technologie, nous étions très créatifs.
Finalement quand j’y repense nous étions, à notre manière, des petits Steve Jobs…

Je ne savais pas encore qui était Steve Jobs et je n’avais jamais entendu parler d’Apple.

Un jour, alors que nous devions rédiger et imprimer la paquette de notre société  » des professionnels de la profession » prêts à révolutionner le monde de l’audio-visuel avec des slogans du type :  » La vidéo professionnelle adaptée à votre budget… », Renaud me propose d’aller chez les voisins de sa mère qui possèdaient le fameux Maccintosh ! Il s’agissait d’un couple de psychologues d’entreprises qui avaient acqui cet ordinateur jusqu’alors réservé à une élite. Renaud avait les clefs de l’appartement et je me souviendrais toujours quand j’ai vu pour la première fois cet objet révolutionnaire.
Il trônait sur un petit meuble avec un siège de torture suédois ou norvégien (je ne me souviens plus) qui permettait de s’assoir accroupi pour soit disant ne pas s’abimer le dos… Pas de doûte ces gens là faisaient bien parti de l’élite et ils étaient friands d’innovation.
Renaud était très à l’aise avec le Macintosh. Souvenez vous, ce petit écran plus haut que large, en forme de page A4, noir et blanc. Pas de tour, tout était à l’intérieur de l’écran et il y avait un lecteur de disquette frontal.
Et puis surtout il y avait… une souris !
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Cela parraissait simple. Renaud me disait que c’était génial car hyper intuitif et que même moi je pourrais m’en servir !
Grâce à ce Macintosh et à ses voisins nous avons donc pu réaliser notre petite plaquette et arpenter fièrement, en costumes trop grands pour nous, les allées de la Foire de Paris Porte de Versailles pour essayer de démarcher, l’air sur de nous, avec une voix exagérément grave pour essayer de masquer notre jeunesse, quelques futures clients (pour ne pas dire victimes…).

Cela démarrait donc comme une petite histoire de rêve américain, avec sa part d’audace et de naïveté. A 19 ans tout nous parraissait possible. La réussite était là, juste devant nous. Il suffisait d’y croire et de foncer.
Et cela fonctionnait ! mois après mois nous multiplions les contrats et nous commencions à devenir des pros du tournage multicaméras de concerts. Nous progressions sur des budgets de plus en plus gros et nous mettions peu à peu le pas dans l’univers professionnel.
Malheureusement cette aventure dû rapidement s’interrompre pour cause de service militaire, qui à l’époque était encore obligatoire.

Dépité d’avoir les ailes coupées en plein envol, je fis le choix de signer un contrat avec l’Armée de l’Air et je devint photographe sur une base française à Dakar où je restais deux années. Il y avait des PC dans tous les bureaux mais pas de Mac…
Et toujours pas internet… toujours pas de téléphone portable…

En 1995, de retour à Paris, je décidais de me remettre dans la réalisation vidéo en free-lance et il me fallait donc un ordinateur, non pas pour le montage car cela ne se faisait pas encore par ordinateur à l’époque, mais pour le traitement de texte et la PAO. Mon réflexe aura bien entendu été de demander conseil à mon ami Renaud. Il insista très lourdement (à la limite du lavage de cerveau) pour que j’achète un Mac… Il n’y a rien de plus insupportable pour un utilisateur convaincu de Mac de ne pas réussir à convaincre un proche d’investir dans un Mac plutôt que dans un PC. La grande difficulté à l’époque c’était l’incompatibilité des logiciels et surtout des jeux. C’est d’ailleurs à cette époque que Apple Europe fit appel au jeune pylatais Nicolas Gaume pour adapter les jeux PC au système Mac. Bref, je décidais d’écouter mon meilleur ami et j’achètais alors mon premier Mac dans un magasin boulanger de Fontenay sous bois. Le vendeur faisait tout pour m’en dissuader, arguant qu’Apple était en train de couler, et dépensait toute sa salive pour me refourguer un PC à la place. Mais je tenu bon et je signais pour un Mac. Il s’agisait d’un Performa LC 630. Il n’était pas vraiment beau. En fait il ressemblait à un PC.
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Mais il fonctionnait bien, il avait l’air costaud et cela me suffisait.
Durant cette période Steve Jobs n’était plus aux commandes de la pomme. Il avait été évincé d’Apple. De ce fait, il n’y avait plus vraiment d’innovation dans leurs produits qui ressemblaient de plus en plus à des vulgaires PC.
Il n’y avait toujours pas internet mais on pouvait se connecter via le modem au téléphone pour avoir accès au minitel, envoyer des fax ou échanger des fichiers.
Je me souviens qu’à cette époque les premiers téléphones portables firent leur apparition et que mon ami Renaud fut l’un des premiers à en acquérir un. On se moquait beaucoup de ceux qui téléphonaient dans la rue ou au supermarché à l’époque. Ils avaient l’air ridicules avec leur espèces de talki-walkies.
Aujourd’hui, les ados de 12 ans en ont un et même le plus pauvre des somaliens vivant dans un bidonville possède un smartphone. Nous sommes capables de faire évoluer la technologie à une vitesse folle, de la rendre accessible aux plus démunis mais pas de leur donner de quoi manger et de se maintenir en bonne santé. Allez comprendre !

En 1996 je pris la décision de retourner à Dakar au Sénégal pour m’y installer en tant que photographe.
Après moultes hésitations j’emmenais mon Mac là-bas. Je me demandais si il survivrait au transport mais finalement il arriva intact.
Croyez-le ou non mais ce Performa 630 marchait encore quand je quittais le Sénégal 4 années plus tard, malgré la chaleur, l’humidité (je n’avais de climatisation) et les nombreuses coupures de courant, sous tensions, et sur tensions, et ce, sans aucun onduleur !
Tous mes amis sur PC passaient leur temps à griller leurs alimentations, même avec onduleur, mais mon Mac lui il tenait bon ! Je leur disais toujours : « tu vois c’est plus cher qu’un PC mais au moins ca tient le coup » et je ne comprenais toujours pas pourquoi ils continuaient d’acheter des PC.

Apple commença à cette période sa deuxième révolution. Steve Jobs, qui venait de réussir une nouvelle aventure en créant PIXAR, fut rappelé à la rescousse pour reprendre les rennes et il plancha sur de nouvelles innovations.
Il sorti alors le premier Imac ! une sorte d’écran en forme de cocon, translucide avec un choix de 4 couleurs acidulées. Le lecteur de disquette disparut totalement et laissait place à un lecteur de CD.
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Il s’agissait là des prémices de ce qui allait devenir la politique d’Apple : lancer un nouveau produit au design révolutionnaire, avec de nouvelles technologies et les imposer aux consommateurs de manière radicale en faisant disparaître leurs vieilles habitudes. Vous n’avez pas vraiment le choix. C’est comme ça.
A Dakar, je n’avais pas non plus le choix de la couleur et mon premier Imac fut donc couleur… groseille !!!
A l’époque je sortais avec une jolie fille métisse qui tenait un supermarché. Ce soir là, on devait se voir et diner ensemble mais comme je reçu livraison de l’objet tant attendu je l’appelais pour lui annoncer que je préfèrais passer ma soirée à me familiariser avec mon Imac plutôt que de diner avec elle… Ce qui bien entendu déclencha une rupture immédiate ! Donc par la faute de Steve Jobs mon premier couple fut détruit… Mais j’appris par la suite qu’il m’avait en fait rendu un grand service. Merci Steve !

En 2000, je décide de rentrer en France et de m’installer sur le Bassin d’Arcachon.
Plutôt que de ramener mes deux Macs avec moi (en réalité j’en avais trois car mon chien, un boxer, s’appelait aussi Mac !), je décide de les vendre sur place et de ne ramener que le troisième (celui à quatre pattes).

Apple venait de sortir un nouvel Imac et le premier Ibook. Ils intégraient un lecteur-graveur de DVD et des prises firewire permettant de relier un camescope et de faire du montage vidéo !
Là, cela commençait à devenir sérieux. Aussitôt arrivé, je fonçais chez Iconcept à Bordeaux et achetais les deux appareils d’un seul coup ! L’ibook était en forme de coquillage, blanc et gris translucide avec une bordure en cahoutchouc… J’étais si fier de l’ouvrir dans le TGV quand je me rendais à Paris que je prenais toujours un billet en première classe… Je faisais parti de l’élite qui possédait un Mac ! du coup, je me permettait à chaque voyage le luxe de râler auprès du contrôleur sur le fait qu’il n’y avait pas de prise de courant en première et que ce n’était vraiment pas pratique pour travailler. En réalité je n’ai jamais réussi à me concentrer dans les transports et je ne faisais que regarder des DVD !
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Deux ans plus tard, je vendais l’imac à mon apprentie, et je conservais l’ibook que je possède toujours comme un objet de collection.

Steve Jobs inventa alors un nouvel Imac que je trouve toujours aussi génial : il s’agissait d’une demi sphère pour l’unité centrale et d’un bras articulé en acier au bout duquel trône un écran panoramique TFT. Pour la retouche photo c’était génial car en inclinant l’écran je pouvais chercher la matière dans les hautes ou les basses lumières de mes photos de manière très intuitive. Je pense que mes plus belles photos du Bassin d’Arcachon je les ai réalisé à cette époque. J’ai aussi conservé cet Imac. Il faudra que je pense à le restaurer.
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Sorti alors l’Ipod qui allait révolutionner le monde de la musique en lancant la mode des « MP3″ et sa plateforme Itunes.
Les actionnaires Apple purent se réjouir de ce nouveau produit.

Puis, ce fut le tour des G4 qui arrivèrent et repoussèrent les limites de la puissance, rendant le montage vidéo accessible au plus grand nombre et permettant aux applications comme Photoshop d’inventer de nouvelles fonctions innovantes.
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Comme une évidence, l’Ipod prit la forme d’un téléphone portable et allait devenir l’objet indispensable dont on ne peut plus se passer. Ceux qui ont cassé ou perdu leur Iphone un jour le savent bien… l’addiction est totale !
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Les ibook devinrent des Macbook et adoptèrent l’aluminium pour s’appeler Macbook PRO. De plus en plus puissants, de plus en plus fins et légers, de plus en plus sobres et beaux.
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L’iphone grandit et devint un Ipad.
A chaque innovation de Steve Jobs, les autres marques se précipitent pour sortir des produits similaires moins chers.
Et malgré tout, malgré la crise et la récession, l’action Apple continue de grimper.

Car oui il y a là un secret de la réussite d’Apple : la beauté de l’objet. Faire d’un objet à la base compliqué, une oeuvre de design, un objet intuitif et épuré, qui, posé sur un bureau ou une table de cuisine, devient un objet de déco et de MODE. Pour cela Apple utilise des matières comme l’alluminium et le verre et élimine au maximum les cables.
J’ai remarqué qu’à chaque fois que je veux travailler sur un nouveau projet important, comme un livre, j’ai besoin de m’acheter un nouveau Mac pour travailler dessus. Cet objet m’inspire. C’est comme s’il était emprunt de l’âme créative de Steve Jobs et qu’il la partageait un peu avec moi.

Hier j’ai déjeuné avec mon père qui galère avec ses PC depuis plus de 10 ans… pour la première fois, il a évoqué la possibilité d’acheter un mac… ouf enfin !
Quelques heures plus tard, on annonce ce que nous redoutions tous depuis quelques temps mais qui s’avairait comme une fatalité imminente : la mort de Steve jobs.

Steve Jobs a influencé ma vie car il a inventé les outils dont je me sers pour travailler, créer, partager, communiquer et me rapprocher des autres même quand ils sont à l’autre bout de la planète.

… et je ne lui en voudrai jamais pour ça.

Good luck Steve !







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